C a t h e r i n e   V e r l a g u e t , auteure



Tkimoi

Petite forme hors les Murs pour collégiens

Pour deux comédiens (un garçon / une fille)

Texte non publié

Il reçoit un coup de fil. Elle est a l’aéroport et lui donne le choix : soit tu me rejoins tout de suite et on s’envole, soit c’est terminé. Il a le choix. Pour faire ce choix, il va revisiter toutes les premières fois de sa vie, toutes ces fois où il a eu le choix. Ce spectacle soulève la question de l’identité, comment elle se construit à travers les choix qu’on fait.

Mise en scène : Le Bel après-minuit en 2014

(Cette pièce n'est actuellement pas en tournée voir dans les archives)

Extrait

Jo regarde s’installer les ados…
Béné est là, aussi, debout, elle. Elle a un sifflet autour du cou et regarde aussi s’installer les ados.
Il boit une gorgée de son café et va pour parler quand il reçoit un texto.

JO – Excusez-moi.

Il reçoit un message téléphonique, l’écoute, pose son téléphone...

BENE –
C’est qui, ce type ?
C’est quoi, sa vie ?
Il habite où ? Est-ce qu’il est marié ? Est-ce qu’il est seul ? Est-ce qu’il est heureux ?

On entend les battements de son cœur s’accélérer.

Des fois, il s’installe à une terrasse de café, tout seul, et il regarde les gens qui passent.
Untel a l’air fatigué, et il se demande pourquoi.
Unetelle a l’air épanouie, et il se demande pourquoi.

Tous ces gens qui ont une vie… Comme lui.
Tous ces gens qui ont leurs soucis, leurs bonheurs, leurs histoires… Comme lui.
Chacun d’eux, au moins une fois dans sa vie, a été heureux, triste, amoureux…
Chacun est né, a appris à marcher, à parler…
Tout le monde a eu un premier baiser, un premier cœur brisé, une première dispute…
Il regarde les gens, et il se demande à quoi ressemble untel quand il est heureux ? Et quand il pleure ? Quand il a peur ?
Il aime ça : boire son café, et se sentir, finalement, comme tout le monde. C’est rassurant.

Et maintenant, c’est vous qui le regardez, boire son café.
Vous qui vous demandez qui il est, ce qu’il vit, pourquoi il fait cette tête… ?
Est-ce que c’est sa tête normale ou est-ce qu’il fait cette tête… pour une raison particulière ?
Battements de cœur.

BENE – Par exemple, la première fois qu’il a bu du café, il faisait cette tête-là.
Il avait 8 ans. Il y avait toute la famille et il a dit :
JO - C’est hyper bon, j’adore ça.
BENE – Alors qu’à l’intérieur de lui, ce qu’il ressentait, c’est ça.
Il crache, se frotte la langue…

La première fois qu’il a marché, il avait quinze mois. C’est tard.
Le premier mot qu’il a dit, à part papa et maman, c’était
JO - ballon.
BENE - Il avait quinze mois. C’est tôt.
La première fois qu’il a perdu une dent, il avait six ans. C’est normal.

La première fois qu’il a pleuré…
JO - J’ai pas pleuré.
BENE - Si, t’as pleuré.
JO - Non !
BENE - C’est quand la petite souris est passée.
Il était fier de montrer sa dent à ses parents, de la mettre sous son oreiller ; fier de savoir qu’il allait recevoir une pièce.
Le matin, quand il s’est réveillé, il y avait une pièce de deux euros sous son oreiller. Il s’est levé pour aller la montrer à ses parents mais là, au pied de son lit… une petite souris, morte.
JO – Ben j’ai pleuré, oui, j’avais six ans, et j’ai cru que la petite souris était morte, à cause de moi, et que plus aucun enfant au monde n’allait recevoir de pièce en échange de ses dents.
BENE – Il a enterré la petite souris dans son jardin, sans rien dire à personne. Il assumait pas.
JO – A six ans, tu peux pas assumer d’avoir tué la petite souris. Tu peux pas.
BENE – Il n’avait pas tué la petite souris.
JO - Ben c’est ce que je croyais. Après, j’avais super peur que le père-Noèl meure dans ma cheminée. J’avais déjà la mort de la petite souris sur la conscience… !

BENE –Mais le père-Noël est toujours venu. Et la petite souris a continué à déposer ses pièces sous les oreillers de ses copains. Et même sous le sien, quand sa deuxième dent est tombée.