C a t h e r i n e   V e r l a g u e t , auteure



Le sourire d'Anaé

Pièce courte, théâtre de récit et d’objets ou de marionnettes.

Ce matin, Anaé ne retrouve plus son sourire. Elle ne sait pas si elle l’a perdu chez elle, chez papa ou chez elle, chez maman.
Alors qu’elle refait la route de chez elle, chez papa jusqu’à l’école en sens contraire en regardant partout et à côté, elle voit des choses qu’elle n’a jamais vu, ramasse quelques choses à garder et rencontre des amis qui lui permettent, entre autre, de prendre de la hauteur. Son sourire, c’est son amie Zoé qui le lui a retrouvé : elle le lui garde précieusement dans une petite boîte bleue, en attendant qu’Anaé soit en mesure de venir le récupérer.



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Fabrique d'écriture

Ces dernières années, j’ai pu m’apercevoir que beaucoup de parents se séparaient avec leurs enfants encore en bas-âge. Ce sujet n’est pas souvent abordé pour les enfants. J’avais donc envie de m’y coller, comme on dit.
Par le biais d’une histoire fantastique, je voudrais que l’enfant puisse se mettre en point de force au centre de cette déchirure qui, sans être la sienne, le déchire pourtant. Je voudrais l’accompagner dans cette réappropriation de soi, et lui faire entendre, déjà, la force de l’amitié.

Extrait

(…)
Anaé, au téléphone avec sa mère.
Anaé : Allô ? Maman ? Est ce que j’ai laissé mon sourire chez moi chez toi ? Est ce que tu peux regarder s’il te plaît ? Parce que chez moi chez papa, je ne le trouve pas. 
Narrateur : A son tour de son côté, maman cherche partout, encore et n’importe où, même là où ce n’est pas possible, où ça n’a pas de sens : dans le programme télé, sous le canapé, dans le bol du petit déjeuner, dans les chaussons usés, le bain, la bouteille vide de shampoing…
Maman : Rien !
Anaé : Tu te souviens si je l’avais en partant ?
Maman : Tu l’avais en coin, je crois, juste au coin de la bouche, comme tu l’as parfois, oui c’est ça, je me souviens.
Anaé : En coin comment ?
Maman : Dans l’angle.
Anaé : Prêt à tomber ?
Maman : Peut-être oui, juste au coin de la bouche.
Anaé : Est ce que je l’aurais avalé ?
Maman : Tu l’aurais digéré et retrouvé !
Anaé : Alors je l’ai peut-être perdu en route ? Peut-être qu’il est tombé !?
Maman : J’espère qu’il ne s’est pas fait écraser !?
Anaé : Il est bien élevé quand même ! Il sait qu’il faut attendre au p’tit bonhomme rouge ! Passer au vert ! Il connaît ses couleurs ! Je suis sûre qu’il va bien !
Maman : Un accident est si vite arrivé…
Anaé : Arrête de me faire m’en faire, maman, je m’en fais assez comme ça.
Maman : De quoi tu te fais ma chérie, de quoi ?
Anaé : Du sang d’encre, maman, qu’est ce que tu crois !?
Maman : Pardon mon cœur. J’en rajoute pas. Tu veux que je vienne te chercher ?
Anaé : Ben non ! Je vais refaire la route en sens contraire, chercher dans les fossés, les bas-côtés, sur les trottoirs, les caniveaux, les champs, les prés… on ne sait jamais !
Anaé raccroche.
Narrateur : Maman s’inquiète. Papa rouspète.
Sur la pointe des pieds, le père et la mère retournent vers leur téléphone respectif.
La mère : … ta faute…
Le père : … vérifier son sac…
La mère : … pas possible…
Le père : … toujours la même chose…
La mère : … pas confiance !
Ils raccrochent violemment. Anaé baisse la tête.
Narrateur : Ce que se disent les adultes entre eux, ce ne sont pas les oignons d’Anaé. De toute façon, elle n’aime pas les oignons. Ça fait pleurer les yeux. Alors elle laisse ses parents à leurs oignons et s’en va voir plus loin si elle retrouve son sourire.
Anaé refait la route de l’école jusqu’à chez elle chez son père, en sens contraire. Elle fourre ses yeux partout, et à-côté.

(…)